Ibuprofène : information ou désinformation médiatique ?

Nov 24, 2018 by

Un article alarmiste sur l’utilisation de l’ibuprofène chez l’enfant est paru récemment dans un journal grand public, laissant planer de fortes suspicions d’effets indésirables. Une telle médiatisation, que certains professionnels ont qualifié d’« exagérée et fondée sur des contre-vérités », a eu de fortes répercussions dans le milieu médical et a provoqué la panique chez de nombreux parents.

Cette phrase, publiée dans un journal grand public « en cas de fièvre chez l’enfant, des médecins français déconseillent désormais l’ibuprofène. Selon certaines études, cet anti-inflammatoire pourrait provoquer des maladies cutanées, rénales et autres effets indésirables graves », a provoqué l’inquiétude chez de nombreux parents et scandalisé certains professionnels de santé.

En effet, cette vision des choses est loin d’être partagée par l’ensemble du corps médical. L’ibuprofène fait partie des cinq anti-inflammatoires non stéroïdiens* ayant démontré leur efficacité et leur sécurité dans le traitement de la fièvre et/ou de la douleur chez l’enfant de moins de 15 ans.

A ce jour, il n’existe qu’une seule contre-indication, soulignée le 15 juillet dernier par l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) dans un avis recommandant de ne pas utiliser d’ibuprofène en cas de varicelle ou de suspicion de varicelle, en raison du risque rare mais grave de complications infectieuses, notamment cutanées.

Ainsi, hormis les cas de complications chez les enfants atteints de varicelle, il n’y a pas de preuve formelle de la nocivité de l’ibuprofène. Le journal « Le quotidien du médecin », rappelle dans son article sur ce sujet que « la littérature internationale a fourni depuis plus de dix ans des données particulièrement solides sur la sécurité d’utilisation de l’ibuprofène ». Notamment, nombre d’études comparant les effets du paracétamol et de l’ibuprofène ne constatent aucune différence entre les deux médicaments en ce qui concerne la toxicité et les effets antalgiques.

« Actuellement, la forme pédiatrique de l’ibuprofène est disponible dans plus de 20 pays. Aux Etats-Unis, 15 millions d’enfants en moyenne sont traités chaque année depuis quinze ans par ce produit et aucun avis négatif des commissions de pharmacovigilance n’a jamais été émis. »

Néanmoins…

En cas de fièvre de l’enfant, le paracétamol (DOLIPRANE °, EFFERALGAN °, etc…) demeure le médicament de première intention d’autant plus que l’enfant refuse souvent toute alimentation et que l’ibuprofène est un anti-inflammatoire.
Il faut noter que

  1. La posologie du paracétamol est de 60 mg/kg par 24 heures soit 15 mg/kg toutes les 6 heures ou encore pour les formes suspensions pédiatriques, une dose poids toute les 6 heures
  2. La première prise peut être « double » en cas de forte température c’est à dire qu’un enfant de 10 kg pourra bénéficier lors de la première prise d’une dose « 20 kg » ou encore 30 mg/kg
  3. Les prise suivantes (dose-poids ou 15 mg/kg) doivent être donnée toutes les 6 heures
    En cas d’insuffisance de résultat, l’ibuprofène peut être utilisé en horaire intermédiaire c’est à dire entre deux prises de paracétamol.

Dans le cas particulier de la migraine de l’enfant, l’ibuprofène peut être utilisé en première intention si possible associé à une prise alimentaire.

Il est regrettable que de simples doutes soient ainsi surmédiatisés au point d’affoler les parents. Au centre migraine de l’enfant à l’hôpital Armand-trousseau à Paris, c’est la consternation. De nombreux parents, paniqués, ont contacté le centre. Parallèlement, les enseignants, qui étaient enfin convaincus de délivrer ce médicament au début des crises migraineuses chez l’enfant à l’école, refusent désormais de le faire…

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